Un beau jour, nous nous sommes dit que nos longues, ridicules et aporétiques conversations de café méritaient peut-être d'être partagées.
La main dans les cheveux, la clope au bec et le dernier exemplaire de Citizen K sous le coude, nous étions las d'entendre que les écrivaillons de gare sont des Ecrivains, fatigués de lire les critiques dithyrambiques de films bateaux, et de constater que la doxa ("pensée commune", en grec) allie quasi nécessairement laideur et intellect - sans parler d'intelligence.
D'où ce blog, où dans une volonté d'allier plaisir et réflexion, profondeur et superficialité, approche empirique et second degré chronique, ces quelques articles touchent tant au théâtre qu'au cinéma, la philosophie, la manucure et la littérature...
Car, comme le dit Sade, il faut bien "jeter quelques pétales de rose sur les épines de la vie", ou rajouter du sucre dans nos allongés.

Mardi 9 juin 2009



Il est temps de ressortir mon poumpoum short en jean déchiré, de me coiffer en palmier, d'arborer mes créoles, de bannir le noir et de percher sur 10cm de compensées pour me déhancher fièrement dans la rue. Pedro y sus chicas are back.


Avec Etreintes brisées. Que j'ai vu deux fois en une semaine, quand même. La première, c'est qu'après une nuit blanche, il fallait bien me tenir éveillée jusqu'à 14h ; or, la séance de 11h s'avérait parfaite pour cela ; qui n'a pas rêvé d'une salle de 300 places pour soi toi seul? Vous en aviez rêvé, la nuit blanche l'a fait! Un choix inouï de positionnements différents! La possibilité de changer de point de vue en cours de film! Mais, étrangement, l'ultra fatigue et son mode zombi ne sont pas le meilleur état pour apprécier un film. Donc j'y suis retournée, plus éveillée cette fois – et interrogative, également. Car Etreintes brisées laisse sur sa faim. Peut-être à cause d'une trop grande pudeur. Le sujet n'est pas gai, pas vraiment ; mais ce n'est tout de même pas Tout sur ma mère, ça ne prend pas aux tripes. Question d'âge et de bagage? Le fait de n'avoir pas connu la perte d'un être aimé à la folie (et qui ne soit pas de sa famille)? Le fait de ne pas être amoureuse empêche-t-il de comprendre le film? Faut-il avoir été touché par l'aile carbonisante de la passion pour vibrer à l'histoire?

Rassurons-nous : même avec une ou deux plumes seulement d'arrachées, on se laisse porter par le truc. Almodovar est toujours aussi bon dans le pathos pas pathétique.

Mais tout de même. Y-a-t-il un seuil qu'on ne peut atteindre?

Faire ressentir une blessure d'amour est autrement plus difficile que d'autres peines atroces (je pense encore à Tout sur ma mère) : l'identification est plus difficile. On ne peut pas imaginer ce qu'on n'a pas connu.

Aussi, ce n'est pas le sujet qui défaille, mais son traitement (trop pudique) et le public (pas assez passionné). Donc, d'une certaine manière, ça reste du cinéma.


Jusqu'à ce qu'il nous arrive une passion pareille, et alors, on comprendra pourquoi les gens qui l'ont vécu ressentent l'impérieux besoin d'en faire des films – parce qu'ils ne sont pas capables d'autre chose, et qu'il faut bien exorciser un jour.

 

 

PS : Les photos sont moches, peut-être, mais elles viennent directement de Cannes, niark!!


PPS : à Cannes, les intellectuelsquivousemmerdent que nous sommes ne vont pas voir les films, non : ils se les font raconter aux terrasses des cafés, ou dans les backrooms de la Croisette - plus précisément, dans les régies techniques où une Paris Hilton complètement bourrée vient se réfugier après s'être fait remplir son minuscule estomac de shots de vodka. Et ils gardent la bouteille, parce Stars are blind est une référence au même titre que Le Secret de Nous ou Ma nuit chez Maud.

 

 

Divalgation

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Dimanche 7 juin 2009
Mais qui est Mounet-Sully?...

La transcendante qualité tragique de Mounet-Sully venait d'une confluence de dons tellement extraordinaire et, par surcroît, si harmonieux entre eux, que l'on se demande si elle s'est rencontrée plus d'une fois. Beauté classique des formes et surtout du mouvement, de quoi naissaient des images dignes des métopes ou des maîtres italiens ; voix d'une ductilité et d'une étendue sans limites, se jouant du plus grave au plus aigu dynamisme psychique filtrant sur tout le corps, périphériquement, à la façon sans égale des animaux, tout cela soulevé de transes dionysiaques, ou accordé par la plus harmonieuse sérénité, voilà ce qu'offrait au public dépassé ce demi-dieu, ce miracle de puissance et de suavité, de douceur et de violence, mais dans un ton de grandeur et de sublime qui ne se trouvait vraiment à l'aise qu'au service de cette humanité surhumaine qui constitue la tragédie.

                                               Gabriel Boissy, 1947

 

Voilà...


divalgation
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Dimanche 7 juin 2009

 


Peut-être que ce n'était qu'un immense défi : « Molière était le maître incontesté de la farce du 17e ; moi, Omar Porras, pour me hisser jusqu'à lui et le dépasser, je ne peux qu'en passer par lui et prouver que je n'ai pas besoin de lui tellement je suis drôle tout seul ».

Voilà, ça doit être ça. C'est forcément ça, la clé de ce spectacle!

(L'égo d'un artiste, tout à fait !!)


Si vous n'avez jamais rien vu d'Omar Porras, courrez. Ensuite, on aime, ou pas, mais ça mérite le coup d'oeil. L'expérience, même. Ses Fourberies de Scapin passent en ce moment à la Croix-Rousse (Lyon) et ce n'est plus du Molière : c'est du Porras. On se demande même pourquoi il a choisi ce texte : texte plus prétexte, tu meurs!


 

Le rideau s'ouvre sur un bar PMU de BD. Jukebox lumineux, portes battantes de western, et Peggy, blonde, débardeur rose, seins énormes, qui essuie ses assiettes en rythme. Là-dedans, entre autres clients, Octave (le fils de famille qui s'est marié en secret) : oreilles décollées, veste à carreaux, pantalon trop court, dents du bonheur, lunettes de bigleux, tête de fion. Scapin : digne clochard alcoolique et clownesque. Hyacinthe : horrible fille à papa des années 1950, pleurnicharde, empotée, dégingandée, dans sa robe à carreaux verte boutonnée jusqu'au cou. Mais au moins on est pas en costume d'époque! Au moins, on ne nous sert pas du « Molièèèèèèèèère »!!!

Non : Molière a écrit une farce, Omar Porras exploite donc le farcesque jusqu'à la corde.

Porras, c'est même de la farce à un degré inégalé. On se croirait balancé dans un comic strip de premier ordre : ça saute, ça se jette par la fenêtre et on entend la vitre qui se casse, la chasse d'eau des chiottes ponctue l'action et Zerbinette en sort en tirant sur son énoooooorme pétard. Aucune baisse de rythme, JAMAIS : tout s'enchaîne, gag sur gag, pendant quasi deux heures. Et quand ça chante, on se croirait (avec bonheur) dans Couleur menthe à l'eau (Eddy Mitchell) (en plus drôle encore : premier degré assumé) .



Les pères (dont un transformé en mère) sont les pires barbons que l'on puisse imaginer : râleurs, tremblants, claudiquant sur leurs béquilles. En fait, tous les personnages sont plus caricaturaux et stupides les uns les autres.

D'une certaine manière, c'est un bonheur : c'est drôle. Emballé. Endiablé. Il y a un sérieux côté tréteaux et grand n'importe quoi, avec un zeste de vaudeville dans la précision d'horlogerie des gags.

Mais - il y a toujours un mais... - ça tourne légèrement à vide. Parce que l'histoire, et ce que l'histoire elle-même a de drôle, est tellement enfouie sous la mise en scène qu'on l'oublie, et ne sert plus à rien ; le jeu se suffit à lui-même. Tout ce que le texte de Molière recèle de comique est sous-exploité. On a affaire à une peau de chagrin de Molière permettant une grande loufoquerie scénique. Bon, c'est vrai, le « mais qu'allait-il faire dans cette galère », et Géronte dans son sac (poubelle) battu(e : ici, c'est une femme) par Scapin sont connus, sur-connus, trop connus, trop attendus. Comment faire rire sans la surprise de tels trouvailles?

Donc ce n'est pas Molière qui fait rire ici, mais Porras.

Mais tout de même, ça fait rire. Beaucoup, même. La preuve, les lycéens et collégiens (qui devaient bien, ce soir-là, composer au minimum un tiers de la salle – oui, ça s'annonçait difficile!) ont très rapidement fermé leur gueule pour se laisser porter par la pièce. Exploit, exploit!! Les mémés autour de moi étaient choquées pour leur plus grand plaisir, et une standing ovation presque unanime a clôturé les rappels.

Comme quoi, la farce assumée, surjouée, fonctionne. Donne un plaisir « sain » - ici, on ne se moque pas des gens, pas du tout ! Le rire n'est pas carnassier, mais – n'en déplaise à ceux qui réduisent Molière à l'esthétique du ridicule – franc. Car le petit monde qu'on a sous les yeux est entièrement, profondément ridicule, et complètement faux, entièrement éloigné de nous. (Et si éloigné qu'on ne peut définitivement pas faire de lien avec le nôtre...)


Alors, quand on lit la note d'intention d'Omar Porras, on doute. "Révéler les secrets du texte sans en altérer la nature"... Tu parles. "Scapin est un personnage considéré comme comique, alors que c'est lui qui rend les autres comiques"...  ( www.malandro.ch ) Belles analyses, belles volontés, mais rien à voir avec le résultat. Tant mieux, d'une certaine manière. Mais faut-il croire que le metteur en scène s'est complètement planté quant à ses intentions de départ, ou qu'il est hypocritement coquet, ou encore qu'il ne nous sert comme discours que ce que l'on est habitué à entendre, et qui cautionne toute mise en scène de Molière?


Pour ma part, je reste mitigée, réellement : je ne sais toujours pas si ça m'a plu. Parce que ce n'est pas Les Fourberies que j'ai vu, mais seulement du Porras, et en ce cas, pourquoi choisir Les Fourberies? Parce qu'une avalanche de gags, ça marche une heure, mais ensuite, bon, on attendrait autre chose... Parce qu'aussi peu se servir du texte qu'on met en avant, bon...


Néanmoins, il faut voir du Porras. Parce qu'un artiste qui a un univers aussi prononcé ne se croise pas tous les jours. Et que ses surprenantes caricatures sont un réel bonheur. Si, quand même...

 

 

Divalgation

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Dimanche 7 juin 2009

 

Le long abandon de ce blog avait bien une cause : la pleine implication de leurs auteurs dans leurs projets respectifs. Et, de fait, on a beaucoup plus de mal à critiquer les autres quand on est met soi-même la main à la pâte...

 

Parce que recevoir la critique n'est pas quelque chose d'évident : bien entendu, on en a besoin, elles sont bienvenues, constructives, tout ce que vous voulez, mais... juger en 1h30 de 6 mois (ou plus) de travail...!! avec nos idées reçues, notre état de fatigue, nos goûts prononcés... notre statut de spectateur-roi qui pense avoir inventé l'eau chaude et surtout qu'il n'a, au final, qu'à être conquis, que c'est bien la moindre des choses que peut faire l'histrion, là, en face.

 

Oui, il veut être soumis, le spectateur. Il préfère le film addictif au film difficile. La preuve : moi-même, intellectuellequivousemmerde, j'ai récemment arrêté Le Mépris (Godard) au bout de 5min, parce que l'immédiate référence à Bazin, le côté « on retourne la caméra sur le spectateur pour lui tendre un miroir de lui-même », eh bien je n'étais pas d'humeur. J'ai trouvé ça lourd, grossier. Même LA scène de Bardot (- Et mes fesses, tu les aimes, mes fesses? - Oui.) ne m'a pas... quoique... bref. Je présente d'avance mes plates excuses aux vrais cinéphiles, les exigeants, les purs, les durs, les Cahiers du Cinéma. Mais Rohmer m'a semblé d'une finesse mieux venue. Tout ça pour dire que la difficulté, ma bonne dame!

 

Donc, nos activités (artistiques) étant pour le moment mises entre parenthèses, peut-être ce blog va-t-il ressusciter un peu!

Par Les Intellectuels vous emmerdent
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Vendredi 20 février 2009

Une bonne pièce, de bons acteurs, et un résultat plus que décevant. Pourquoi??

Sur le papier, ça vend pourtant du rêve. Qui a peur de Virginia Woolf, servi par Peter van de Eede , un ancien du TG Stan, et Natali Broods, Karolien De Beck, Nico Sturm. Et il faut dire que ça commence fort, ne serait-ce que par la scéno: tableaux, lampes et néons qui tombent du plafond, avant-scène littéralement recouverte de piles de magazines, table basse surchargée de bouteilles de bière, bar où on ne pourrait plus poser une seule autre bouteille d'alcool, cuisine au fond, l'ensemble est assez sympa, et le début vend du rêve. George et Martha arrivent, s'installent, s'adressent au public avec humour et aisance, oui, ça démarre en fanfare, on s'attend à passer une soirée enchanteresse. HE BIEN NON!! Assez rapidement, de fait, ON S'EMMERDE!!

Et j'avoue que cela m'a a priori plongée dans des abîmes de perplexité. Une bonne pièce, d'excellents acteurs... parce qu'on ne peut le nier, George et Martha sont excellents. Donc, où est le problème?

Le problème, d'abord, est dans leur approche du texte. Une approche intéressante – certes - mais finalement pourrie puisqu'on s'ennuie! Ils brodent à partir de la trame, improvisent, s'approprient complètement le texte, on penserait que c'est vivifiant, original, chaque soir unique, mais au bout d'un moment c'est chiant, bavard, long. Dommage, parce que ce traitement du texte, dans l'idée, semblerait plutôt bandant...



Le second problème, c'est qu'il n'y a pas que George et Martha sur scène. Il y a un autre couple, Nick et Honey, et je veux bien que partant du principe que ces deux-là ont moins de personnalité, on choisisse des comédiens plus effacés, mais en fait non, puisqu'ils sont carrément inexistants. Inexistants, tirant sur le mauvais. Dès qu'Honey ouvre la bouche, le premier réflexe serait de lui balancer une grosse tomate pourrie si seulement ces pratiques-là étaient encore d'actualité. Cela permettrait d'échapper à la bienséance ambiante, le « mais si c'était pas si mal » qui permet de penser qu'on a quand même passé une bonne soirée. Oui, je milite pour la réhabilitation de la tomate pourrie, tout à fait consciente qu'elle pourrait un jour tomber sur ma propre tête. Bref. Nick et Honey n'ont aucune présence – et il y a un gouffre entre jouer le niais et l'effacé et être niais et effacé. Ces deux-là, hélas, semblent n'avoir qu'un rôle de faire-valoir pour George et Martha, et ça manque donc totalement d'intérêt. Mieux aurait fallu faire le George et Martha Show que ça. J'ose à peine imaginer l'ego débordant de ces George et Martha, pour s'entourer d'acteurs aussi minables.

Résultat: bavardage + deux acteurs inexistants sur quatre = mort de toute action. Il ne se passe rien! Donc on attend que ça pâââsse, que ça se termiiiine enfin. On regarde l'heure. Si, au moins, on nous expliquait que Nick et Honey ne pouvaient pas partir parce que leur voiture est en panne et qu'il n'y a plus de métro à cette heure avancée de la nuit, ça justifierait qu'on nous retienne là. Alors que là, bon, le show de George et Martha, ça va deux minutes: ils prennent certainement leur pied, mais ce sont bien les seuls.

Non, c'est nul. C'est un massacre. Et puis POURQUOI passer Virginia Woolf, le film, sur une petite télé au fond, je vous le demande??

Bref, tout ce qui pourrait faire le sel de cette pièce (le rapport entre George et Martha, leurs petits jeux malsains) disparaît sous une volonté de performance d'acteur qui tourne à vide. Oui, ils sont bons, mais ça ne suffit pas. Une pièce est un tableau à la composition subtile, et deux couleurs éclatantes pâtissent forcément des couleurs fades qui les entourent, quand tout le dessin est vaguement gribouillé: qu'est-ce que c'est que ces soudaines envolées / tentatives de performance de Nick, qui tombent complètement à plat, comme une moumoute dans la soupe, tant elles sont mal amenées (ah pardon, c'est vrai qu'après il répète « 9h à boire sans discontinuer... » pour se justifier, désolée, je l'avais vraiment pas vu), mal faites, caricaturales?...

Le pire, c'est que ça s'active, ça devrait être prenant, emballé, tous les ingrédients ont l'air d'y être, ce qui me laisse, je dois l'avouer, dans un état de frustration totale. Cette pièce ressemble à ce mec canon, sur les avants-bras duquel j'ai longtemps fantasmé (et pour fantasmer sur des avants-bras, je vous laisse imaginer les avants-bras en question), ce mec canon qui a tout pour lui, sauf qu'il s'approche, qu'en fait il a l'oeil vide d'un poisson mort, que son baiser est baveux, j'ai l'impression d'avoir 11 ans et que sa langue inspecte ma bouche de fond en comble, bref, il est bien beau mais ne sait pas y faire, parce qu'il a dû être bon, qu'il le sait, et qu'il n'a donc plus le brin d'humilité et de timidité transcendée nécessaires à ce que « ça » ait lieu. J'ai l'impression, alors, que toute cette chose n'est qu'un immense show destiné à perpétuer sa légende de tombeur et que moi ou une autre, boaw. Quand bien même je ne suis qu'une parmi tant d'autres, quand bien même ce n'est qu'une représentation dans une tournée, j'ai pas à le savoir!!

NON, arf, c'est nul, et c'est dommage. A mort l'ego des comédiens.

Je préfère ces doux timides, dont on ne soupçonne pas les ressources (Grand Magasin, par exemple, c'est-à-dire le type que vous n'aviez pas vu venir et qui vous sidère par des trésors d'intelligence ou de doigté) mais dont l'image vous hante après coup, au point d'être prêt(e) à le harceler, tout orgueil mis au placard, car vous avez trouvé votre maître.

 

 

Divalgation

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