Une bonne pièce, de bons acteurs, et un résultat plus que décevant. Pourquoi??
Sur le papier, ça vend pourtant du rêve. Qui a peur de Virginia Woolf, servi par Peter van de Eede , un ancien du TG Stan, et Natali Broods, Karolien De
Beck, Nico Sturm. Et il faut dire que ça commence fort, ne serait-ce que par la scéno: tableaux, lampes et néons qui tombent du plafond, avant-scène littéralement recouverte de piles de
magazines, table basse surchargée de bouteilles de bière, bar où on ne pourrait plus poser une seule autre bouteille d'alcool, cuisine au fond, l'ensemble est assez sympa, et le début vend du
rêve. George et Martha arrivent, s'installent, s'adressent au public avec humour et aisance, oui, ça démarre en fanfare, on s'attend à passer une soirée enchanteresse. HE BIEN NON!! Assez
rapidement, de fait, ON S'EMMERDE!!
Et j'avoue que cela m'a a priori plongée dans des abîmes de perplexité. Une bonne pièce, d'excellents acteurs... parce qu'on ne peut le nier, George et Martha
sont excellents. Donc, où est le problème?
Le problème, d'abord, est dans leur approche du texte. Une approche intéressante – certes - mais finalement pourrie puisqu'on s'ennuie! Ils brodent à partir de la
trame, improvisent, s'approprient complètement le texte, on penserait que c'est vivifiant, original, chaque soir unique, mais au bout d'un moment c'est chiant, bavard, long. Dommage, parce que ce
traitement du texte, dans l'idée, semblerait plutôt bandant...
Le second problème, c'est qu'il n'y a pas que George et Martha sur scène. Il y a un autre couple, Nick et Honey, et je veux bien que partant du principe que ces
deux-là ont moins de personnalité, on choisisse des comédiens plus effacés, mais en fait non, puisqu'ils sont carrément inexistants. Inexistants, tirant sur le mauvais. Dès qu'Honey ouvre la
bouche, le premier réflexe serait de lui balancer une grosse tomate pourrie si seulement ces pratiques-là étaient encore d'actualité. Cela permettrait d'échapper à la bienséance ambiante, le
« mais si c'était pas si mal » qui permet de penser qu'on a quand même passé une bonne soirée. Oui, je milite pour la réhabilitation de la tomate pourrie, tout à fait consciente qu'elle
pourrait un jour tomber sur ma propre tête. Bref. Nick et Honey n'ont aucune présence – et il y a un gouffre entre jouer le niais et l'effacé et être niais et effacé. Ces
deux-là, hélas, semblent n'avoir qu'un rôle de faire-valoir pour George et Martha, et ça manque donc totalement d'intérêt. Mieux aurait fallu faire le George et Martha Show que
ça. J'ose à peine imaginer l'ego débordant de ces George et Martha, pour s'entourer d'acteurs aussi minables.
Résultat: bavardage + deux acteurs inexistants sur quatre = mort de toute action. Il ne se passe rien! Donc on
attend que ça pâââsse, que ça se termiiiine enfin. On regarde l'heure. Si, au moins, on nous expliquait que Nick et Honey ne pouvaient pas partir parce que leur voiture est en panne et qu'il n'y
a plus de métro à cette heure avancée de la nuit, ça justifierait qu'on nous retienne là. Alors que là, bon, le show de George et Martha, ça va deux minutes: ils prennent certainement leur pied,
mais ce sont bien les seuls.
Non, c'est nul. C'est un massacre. Et puis POURQUOI passer Virginia Woolf, le film, sur une petite télé au fond, je vous le demande??
Bref, tout ce qui pourrait faire le sel de cette pièce (le rapport entre George et Martha, leurs petits jeux malsains) disparaît sous une volonté de performance
d'acteur qui tourne à vide. Oui, ils sont bons, mais ça ne suffit pas. Une pièce est un tableau à la composition subtile, et deux couleurs éclatantes pâtissent forcément des couleurs fades qui
les entourent, quand tout le dessin est vaguement gribouillé: qu'est-ce que c'est que ces soudaines envolées / tentatives de performance de Nick, qui tombent complètement à plat, comme une
moumoute dans la soupe, tant elles sont mal amenées (ah pardon, c'est vrai qu'après il répète « 9h à boire sans discontinuer... » pour se justifier, désolée, je l'avais vraiment pas
vu), mal faites, caricaturales?...
Le pire, c'est que ça s'active, ça devrait être prenant, emballé, tous les ingrédients ont l'air d'y être, ce qui me
laisse, je dois l'avouer, dans un état de frustration totale. Cette pièce ressemble à ce mec canon, sur les avants-bras duquel j'ai longtemps fantasmé (et pour fantasmer sur des avants-bras, je
vous laisse imaginer les avants-bras en question), ce mec canon qui a tout pour lui, sauf qu'il s'approche, qu'en fait il a l'oeil vide d'un poisson mort, que son baiser est baveux, j'ai
l'impression d'avoir 11 ans et que sa langue inspecte ma bouche de fond en comble, bref, il est bien beau mais ne sait pas y faire, parce qu'il a dû être bon, qu'il le sait, et qu'il n'a donc
plus le brin d'humilité et de timidité transcendée nécessaires à ce que « ça » ait lieu. J'ai l'impression, alors, que toute cette chose n'est qu'un immense show destiné à perpétuer sa
légende de tombeur et que moi ou une autre, boaw. Quand bien même je ne suis qu'une parmi tant d'autres, quand bien même ce n'est qu'une représentation dans une tournée, j'ai pas à le
savoir!!
NON, arf, c'est nul, et c'est dommage. A mort l'ego des comédiens.
Je préfère ces doux timides, dont on ne soupçonne pas les ressources (Grand Magasin, par exemple, c'est-à-dire le type que vous n'aviez pas vu venir et qui vous
sidère par des trésors d'intelligence ou de doigté) mais dont l'image vous hante après coup, au point d'être prêt(e) à le harceler, tout orgueil mis au placard, car vous avez trouvé votre
maître.
Divalgation
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