Samedi 28 juin 2008
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Relisant Détails, pièce de Lars Noren, je me remarquais qu’une scène les plus
belles est, à mon sens, la vingt-quatrième, entre Ann et Stefan, en ce quelle pointe le fonctionnement
du personnage magnifique qu’est Ann : un fonctionnement en trois partie. Le personnage d’Ann est peut-être le plus touchant car il me semble
être le plus proche de l’humain (occidental). Je pense que ce sentiment de proximité repose sur son fonctionnement tripartite. Nous, occidentaux, vivons dans une tripartition constante héritée
des Indo-européens (nos ancêtres). Nous retrouvons cette tripartition dans la Trinité comme dans notre mode dissertatif en trois parties (thèse, antithèse, synthèse) qui est le seul à permettre
une réflexion complète. Nous pensons et vivons donc en trois parties. Mais revenons à Ann et à Détails.
Dans la scène vingt-quatre, les deux personnages vivent ensemble depuis sept ans. Ann a été
quittée par son mari, Eric, sept années auparavant pour une femme plus jeune qu’elle de dix-sept ans. Elle vit avec le fils de son ex-mari, Daniel, et Stefan. Depuis, son divorce avec Eric, elle
vit dans la peur de l’adultère. Cette scène vint-quatre est la réalisation de sa peur et son premier effondrement. Ann vient de découvrir que Stefan l’a trompé avec la fille d’une de ses amies d’enfance dont elle s’est occupée pendant de nombreuses années. La beauté de la scène se trouve dans l’impossibilité pour Ann de
s’exprimer, de dire sa douleur. Elle ne peut que répéter ses répliques trois fois : « C’est horrible », « C’est horrible »,
« Quinze ans », « Quinze ans, « Quinze ans, « C’est horrible », « Comment tu as pu faire ça ? », « Comment tu as pu faire ça ? »,
« Comment tu as pu faire ça ? »… Cette répétition en trois, inlassable, est magnifique en ce qu’elle cerne un moment d’humanité. Elle dit l’incapacité du personnage à dépasser
cette trahison, à dire son dégoût, et sa douleur. L’interprétation de Marianne Basler, dans la mise en scène de J-L Martinelli, était fantastique. Sa répétition des trois répliques sur ce même ton neutre, éteint, était peut-être la plus juste. En effet, le personnage est
détruit, la deuxième partie de sa vie s’effondre. Tout ce qui reste est un constat désolé de l’infamie qui détruit son système familial parfait à trois qu’elle avait construit avec Stefan et
Daniel. L’introduction de la maitresse brise le système car c’est un quatrième élément pour lui et le système n’est plus viable. Il s’effondre et Ann doit en créer un nouveau. Son système avec
Stefan s’effondre et il faut dépasser cette deuxième partie, aller plus loin que l’effondrement, se reconstruire. C’est ce qui se produit, à la fin
de la pièce. Ann réussit à créer un système parfait en trois cercles : « Ann (à Daniel) D’abord,
il y a le cercle de lui et sa fille. Ensuite il y a lui et moi. Ensuite il y a nous trois. »
Nous sommes proches d’Ann parce que nous fonctionnons sur le même tempo en rythme de trois à la recherche d’un système en
trois parties. Sa vie est composée de trois parties dans lesquelles elle tente de créer un système à trois avec un homme différent à chaque fois. Eric, le premier, échec parce que l’enfant
attendu n’arrive pas et le système reste dualiste. Ensuite, Stefan, avec qui le système s’effondre par le mensonge et l’adultère, car le système devient quadruple : Ann, Stefan, Daniel et la
maitresse. Et, enfin, une dernière heureuse auprès de Jacob et le système des trois cercles qui "s’ouvrent l’un sur l’autre partout où c’est possible, et
sont fermés là où ça n’est pas possible". Ann fonctionne donc à tous les niveaux sur la base de trois.
Les autres personnages fonctionnent également sur la recherche d’un système tripartite pour atteindre leur bonheur. Eric et
Emma veulent avoir un enfant qui serait la troisième composante de leur système. Stefan cherche une troisième partie dans l’adultère, ne considérant pas Daniel comme une partie. Quant à Daniel,
il cherche à créer son système à trois lui aussi avec une mère (adoptive, Ann), lui-même, et un père (Eric, absent à ses côtés). Pour cela, il tente
d’attirer l’attention de son père comme Ann le raconte à Eric dans une autre scène magnifique : « Je voulais juste t’informer que vendredi
dernier deux policier son venu chercher Daniel pendant un cours à Östra Real. Ils lui ont montré une vidéo, où on le voit mettre le feu à une classe de l’école. Il y a eu sept ou huit incendies à
plusieurs endroits cet automne. J’espère que tu peux imaginer ce que ça fait de voir ton fils entrer dans une classe, se diriger vers une bibliothèque, asperger les livres d’essence et ensuite y
mettre le feu. » (Scène 19) Ce qui est beau dans cette réplique est que l’on voit apparaitre le premier fléchissement du deuxième système d’Ann : son trio avec Stefan et Daniel ne
fonctionne pas car Daniel ne voit pas Stefan comme une part (ce qui se révèle inversement cinq scène plus tard). Mais le plus beau est sans doute l’énergie qu’Ann met à sauver le système, la vie
de son fils adoptif plutôt que la sienne, ce sacrifice de son bonheur avec lui et Stefan contre le sien qui se composerait de lui, elle et Eric.
Cette pièce est donc un chef-d’œuvre d’humanité sur le plan de l’expression de la douleur et de l’inquiétude, mais également
dans son analyse des relations humaines.
A lire, à voir et à penser.
A.
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