Jeudi 17 juillet 2008
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De tous
temps il fût difficile de briller dans un diner mondain, les conversations sur la littérature, les arts plastiques, le théâtre et l’opéra nécessitant une culture dans ce domaine. Peu ont l’envie
de passer leur temps dans les livres, les cinémas d’art et d’essais (cf. les salles du Quartier latin, pour les incultes en-deçà du seuil de tolérance), les théâtres, etc. alors qu’il leur est
tellement plus simple de regarder TF1 en feuilletant Oups !.
Je vous propose donc une solution économique pour
briller lors de vos mondanités : lisez quelques nouvelles de Katherine Mansfield, dont les avantages sont plus que nombreux. Tout d’abord il s’agit de nouvelles d’une trentaine de pages, ce
qui est, certes, plus long qu’une interview de Carla Bruni dans Elle, mais moins tuant. De plus, cet auteur n’est que trop oubliée et il sera tout à votre honneur de faire découvrir
aux néo-intellectuels que vous fréquentez une grande dame de la littérature. Enfin, cela vous permettra de fermer le clapet à tout les fanatiques de
sa vulgaire contemporaine, Virginia Woolf. Détruire le mythe autour de la formaliste au profit de la poétesse, voilà qui est élégant. Vous ne serez plus un barbare qui n’aime pas la Woolf
mais seulement un dandy qui aime mieux que "cette littérature". Car Katherine écrit mieux que la Woolf. Chez elle, la lourdeur formaliste à la Woolf n’est certes pas au rendez-vous. On
découvre, au contraire, un moment rare de poésie en prose. Car Katherine Mansfield a le don de saisir la vibration de l’humain à travers ses personnages sans cesse sur le fil. Ses nouvelles
traduisent les failles humaines par le récit d’un quotidien, dans lequel nous ne nous arrêtons que quelques lignes avec un personnage, le temps d’un soupire ou d’un
sourire.
Notre poétesse
s’intéresse, en premier lieu, aux petites blessures du quotidien, aux failles qui transparaissent, une seconde, évoquant un gouffre : celui de l’humain. Le meilleur exemple étant
les personnages de la famille Burnell que l’on retrouve dans plusieurs nouvelles. Pour exemple, dans Prélude, à l’occasion du récit d’un déménagement,
nous rencontrons, tour à tour, la déception des différents personnages féminins à la découverte de leur nouvelle demeure : Les petites filles
réalisent que, pour seuls voisins, elles héritent de petits monstres qui détruiront leurs poupées. La tante Béryl regarde cette maison comme un cloître dans lequel personne ne profitera jamais de
sa beauté, elle qui est si belle, quel gâchis ! Dans cette maison, Linda voit qu’elle n’aime pas ses filles ni son mari, ni sa vie, en réalité. Ces petits apartés fondus dans le récit d’un
déménagement quasi-anecdotique résonnent de cruauté, car ils s’opposent à la diction en filigramme du bonheur que l’emménagement procure au père. La force de
cette écriture est donc d’allier cette banalité du quotidien et la fine évocation poétique des petites cassures (lourdement paraphrasée par ma prose) . Katherine Mansfield est maîtresse dans
l’art de l’évocation de la brisure intime qui ne parait pas dans le monde, et disparait dans le récit après sa diction.
Cette écriture puise donc sa beauté dans la
communication d’une mélancolie du quotidien, mais également dans l’étude de la fabrication de ces petites failles à peine perceptibles dans lesquelles se trouvent les douleurs les plus profondes.
A l’image de Félicité, nouvelle dans laquelle une maîtresse de maison si heureuse, en proie à la félicité – pense-t-elle- , trouve la faille de sa vie. Cette découverte intervient à la fin d’une soirée parfaite, à l’image de l’héroïne. La perfection de son existence s’achève avec le récit dans le
silence et l’intimité.
A lire
donc sur le transat de sa piscine derrière ses Ray Ban, afin de briller aux diners de septembre…
A.